Olyrix, tout l’opéra est là

Nahuel di Pierro : « La mise en scène m'a toujours attiré »

Par Charles Arden

Après des interprétations très en vue au Festival d’Aix-en-Provence et sur les plus grandes scènes dans des répertoires allant de la musique ancienne au bel canto, la basse argentine Nahuel di Pierro nous accorde un entretien quelques jours avant la reprise du Don Giovanni de Mozart par Jean-François Sivadier à Nancy, et une année pleine de projets dépassant même le métier de chanteur:

Nahuel di Pierro, que retenez-vous du Don Giovanni d’Aix-en-Provence cet été, dans lequel vous incarniez Leporello ?

Leporello est mon personnage de prédilection dans ce répertoire. J’ai fait une dizaine de productions de Don Giovanni depuis 2002. Ma rencontre avec le metteur en scène Jean-François Sivadier m’a permis d’enrichir ma compréhension du personnage : je le considère comme le metteur en scène idéal. Il sait exactement ce qu’il veut mais il a une manière de diriger les chanteurs avec gentillesse et bienveillance. Il est toujours sensible et extrêmement agréable. Il nous fait sentir que tout est possible. Le résultat est enthousiasmant : c’est vraiment un spectacle vivant.

Comment avez-vous travaillé ce personnage avec Jean-François Sivadier ?

Jean-François n’est pas arrivé en voulant imposer une vision intellectuelle ou psychologique du personnage. Il m’a demandé d’être conscient que je jouais le personnage de Leporello. Je devais voir le personnage mais aussi me voir, en train de m’amuser, de chanter. Cela a demandé un temps d’adaptation aux collègues, mais c’était passionnant d’incarner un personnage tout en gardant ma personnalité. L’idéal serait que le public voit le personnage et l’interprète en même temps. C’est passionnant et cette rencontre avec Jean-François Sivadier m’a profondément changé en tant qu’artiste.

Cette perspective est-elle toujours aussi puissante pour votre reprise de cette mise en scène à Nancy, avec d’autres chanteurs ?

Oui, je m’en rends compte encore davantage avec un autre casting. Jean-François voit les personnages et les personnes qui jouent les personnages. Les personnages de cette production vont changer avec ces nouveaux chanteurs. Le Don Giovanni d’André Schuen a sa personnalité, sa manière de jouer, de chanter : il ne sera pas celui de Philippe Sly à Aix. Il n’est pas question ici de regarder la vidéo d’Aix pour reproduire exactement ce qui a été fait. Heureusement, car c’est souvent le cas pour une reprise : un petit écran avec une vidéo nous attend et l’assistant nous fait reproduire très exactement la captation (soupir), c’est vraiment pénible de ne pouvoir s’exprimer, créer, s’approprier un personnage. Cela arrive même lorsque le metteur en scène fait la reprise, mais ce n’est pas du tout le cas avec Jean-François : le travail est très riche. La mise en scène m’a toujours attiré et j’apprends toujours avec lui.

Vous-même, avez-vous regardé la vidéo ?

Oui, quelques jours après. De même, je m’enregistre souvent. Ce n’est pas agréable de s’écouter (sourire) mais c’est formateur.

Lisez-vous les critiques ?

Il est difficile de construire une interprétation d’après la critique. Parfois elle peut indiquer un manque, mais souvent elle ne veut rien dire. Elle blesse simplement l’ego. Avant, elle était indispensable pour se faire une idée d’un spectacle, mais aujourd’hui, on peut chercher par nous-mêmes avec les retransmissions vidéos, radios. Mais de ce fait, je m’intéresse beaucoup aux critiques historiques. Seule la lecture des critiques et des traités de chant historiques peut nous laisser imaginer ce qu’était le chant à l’époque de Mozart.

Quel est votre souvenir du Cosi fan tutte de l’année passée, autre Mozart qui a beaucoup fait parler à Aix-en-Provence?

C’est une production complètement différente par rapport à Don Giovanni. Le langage est celui d’un cinéaste dont j’adore les films, Christophe Honoré, qui signait la mise en scène. Il a pensé un Cosi fan tutte dans une colonie fasciste en Éthiopie. Le monde qu’il propose apporte un conflit avec l’histoire et la musique de Mozart. J’ai joué le jeu à 100%, faisant mon maximum pour défendre cette vision, mais j’étais hué à chaque spectacle parce que je devais violer une femme. Cétait un peu comme au cirque, quand la foule conspue les rôles de méchants.

 

Continuer à lire…